Protection de la femme et de l'enfant

LA VULNERABILITE DES MENAGES ET SON INCIDENCE SUR L'EXPLOITATION DES FEMMES DANS LES CARRIERES MINIERES DU KASAI OCCIDENTAL DEMEMBRE

Contexte

Le Kasaï occidental démembré, regorge d’énormes ressources géologiques, telles que le nickel, l’or et le diamant. La qualité de services sociaux de base surtout de l’éducation est déficitaire, le niveau d’instruction de la femme est trop bas, les moyens de communication posent problème, faute des structures appropriées et de personnel qualifié. Cette situation socio-économique est aggravée par une extrême pauvreté des localités rurales et sur tout celles minières qui se caractérisent par l' absence d' industries et d'autres canaux offrant un travail décent pour la stabilité des ménages. Les indicateurs des secteurs de santé, de l'éducation, de l'emploi et de la protection sociale des groupes vulnérables présentent un tableau sombre. Comme les ménages des localités rurales du Kasaï Occidental démembré sont formés essentiellement d’agriculteurs et des creuseurs, ce fort taux de pauvreté plaide en faveur d’un appui social spécifique au secteur agricole dans cette province.

Selon les résultats des enquêtes INS, 82% des pauvres vivent en milieu rural où la quasi-totalité travaille dans les mines et surtout dans l’agriculture. Cet état des choses rend les ménages beaucoup vulnérables et augmente l'ampleur des cas incidents des violences sexuelles et de l'exploitation des femmes et des enfants.

Bien que le pays ait ratifié la quasi-totalité des conventions internationales de protection des droits de la femme et de l’enfant, spécifiquement, à la Convention n°138 sur l’âge minimum d’admission à l’emploi, à la Convention 182 sur l’interdiction des pires formes de travail des enfants, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de la discrimination à l’égard de la femme (CEDEF,1979), la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE,1989),le sommet mondial sur l’enfance (SME,1990),etc. sur terrain au Kasaï occidental démembré des efforts importants restent à consentir. Les enquêtes réalisées dans les localités minières de 7 territoires renseignent que de graves violations des droits de la femme et de l’enfant se commettent au quotidien. Dans ces sites, les enfants et les femmes sont soumis à des conditions de travail extrêmement difficiles. Dans les mines à ciel ouvert comme dans les mines souterraines, ils sont utilisés aux opérations d’extraction, circulant dans des galeries étroites où ils inhalent des poussières nocives et des particules dangereuses de plomb ou de mercure. Ils passent de longues heures à transporter de lourdes charges de gravier qu’ils tamisent dans des eaux souvent polluées. Les conséquences présentes et futures de cet état de chose sont désastreuses sur leur santé, leur sécurité et leur moralité. Les femmes et les enfants travaillant dans ces carrières minières subissent des violences sexuelles et sont exposés aux risques de contamination du VIH/SIDA.

D’après les récentes statistiques, Les sites les plus affectés par cette situation se trouvent dans le territoire de Tshikapa/Kamonia suivi de la Ville de Tshikapa et des territoires de Luebo, Luiza, Kazumba, Demba et Dimbelenge où les femmes travaillent à longueur de la journée dans les mines d’or et de diamant.

Comparativement à la première enquête, la présente étude (octobre 2015 à Avril 2016) a recensé 4.647 femmes contre 4.401 femmes identifiées d'octobre 2013 à mars 2014.

Tableau comparatif des nombres des femmes exploitées dans les carrières minières par territoire ( évaluation 2013-2014 et 2015 -2016) :
FORSPAX Protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique

Ce nombre croissant des femmes exploitées dans les carrières minières résulte de la vulnérabilité des ménages et aura des conséquences néfastes sur leur santé, leur stabilité sociale et aussi sur la scolarisation de leurs enfants étant donné que les conditions de travail dans ces zones sont précaires : pas de contrat, pas de sécurité sociale ni de service médical, etc. La plupart d'entre elles étant d'un niveau d'instruction très bas, seule la raison du plus fort prime sur elles et en leur défaveur.

La Ville de Tshikapa et le territoire de Kamonia étant des zones à économie marchande, n’ont pour activités lucratives que l’exploitation minière (diamant) et le commerce. Les activités agricoles ont une faible amplitude. Dans les territoires de Luiza, Kazumba, Demba et Luebo les activités agricoles recoupent celles minières.

PRESENTATION DES RESULTATS

Répartition des enquêtées selon le lien avec la famille

La proportion des femmes vivant seules a augmenté de 4% alors que celle des couples a diminué de 6%. La plupart des couples venus chercher l’aubaine facile seraient rentrés dans leurs anciens milieux, déçus du résultat de leurs sacrifices dans les carrières.

Nombre d’enfants à charge de l’enquêtée

La proportion des femmes avec 0 à 2 enfants s’élève à environ 2/3 de l’ensemble, elle confirme la structure du nombre d’enfants de la compagne d’enfants qui était de 88% pour les compagnes ayant à charge 0 à 3 enfants. Néanmoins, la proportion des femmes ayant plus de deux enfants est importante. Ceci est un facteur du niveau de pauvreté. Plus le nombre d’enfants augmente, plus les difficultés à rencontrer deviennent nombreuses.

Fréquentation scolaire

La proportion des femmes n’ayant jamais fréquenté l’école a augmenté dans les carrières minières. En effet, il y a plus ou moins dix ans, les femmes d’un certain niveau, accompagnées ou non, auraient été attirées par les activités des carrières pour réussir plus vite dans leur vie. Désillusionnées par le résultat obtenu, elles se sont petitement retirées et, les femmes sans niveau, qui étaient souvent complexées, ont fini par s’intégrer dans ces milieux où elles se confondent.

Souhait d’apprendre un métier

Les avis des femmes sur le besoin d’apprendre un métier restent relatifs durant les deux dernières années. Les femmes ne sont pas seulement sûres des activités qu’elles exercent dans les carrières : elles espèrent avoir un métier garantissant et cela, sur un apprentissage professionnel.

Nombre d’enfant issus du mariage actuel de l’enquêtée

Parmi les femmes travaillant dans les carrières, plus de la moitié d’entre elles ont eu 1 à 4 enfants dans leurs mariages actuels. Par contre, trois femmes sur 10 ont déclaré n’avoir eu aucun enfant avec leurs actuels conjoints.

Nombre d’enfants nés dans la carrière

Environ 6 femmes sur 10 affirment qu’elles ont eu un à deux enfants nés dans les carrières. Par contre, environ 3 sur 10 d’entre elles ont eu entre trois et quatre naissances dans les carrières.

Nombre d’enfants sous tutelle

La vie dans les carrières étant devenue plus pénible qu’il y a deux ans, les femmes se sont plus déchargées d’un plus grand nombre d’enfants à charge, plus des trois quarts d’entre elles n’ont qu’un enfant sous tutelle.

Conclusion

A l’issu de la collecte des données sur terrain par les enquêteurs déployés par le Réseau ForS- Pax et CAPSM, et comparativement à la première étude de 2013 -2014, les informations suivantes sont à noter :

  • La proportion des femmes qui vivent seules dans les carrières a augmenté de 5,6%, elle est estimée à 49,4% à ce jour ;
  • La plus grande proportion d’entre ces femmes n’a pas fréquenté l’école, celle-ci a augmenté ces deux dernières années ;
  • En ce qui concerne le motif principal d’arrêt des études, nombreuses d’entre les femmes travailleurs des carrières minières ont affirmé qu’elles auraient manqué la prise en charge ;
  • Interrogées sur leur souhait à apprendre un métier, environ 7 sur 10 ont manifesté le désir ardent d’apprendre un métier quelconque. En plus, le métier le plus visé par les femmes c’est le « petit commerce » avec comme doléance une assistance financière pour avoir un fond de démarrage;
  • Cette activité de petit commerce est la première qui est convoitée par ce qu’exercée par la majorité des femmes vivant dans les carrières, néanmoins, le taux d’inactivité des femmes a augmenté de 7% entre mars 2014 et 2016 dans les carrières;
  • En ce qui concerne le taux d’activités en dehors des carrières, il est estimé à 63,1% donc, 36,9% des femmes qui vivent sans une quelconque occupation en dehors des carrières : cette situation serait à la base de l’attrait de ces dernières par les milieux miniers ;
  • Plus de 60% des femmes ont affirmé avoir eu 1 ou 2 enfants dans les carrières et plus de la moitié d’entre elles ont déclaré que 1 à 4 enfants à leur charge sont issus du mariage actuel. Par contre, le taux d’enregistrement de naissances a doublé au cours de ces deux années avec une estimation actuelle de 3,4%. Celui-ci reste encore symbolique malgré la grande sensibilisation sur cette pratique ;
  • La grande proportion d’enfants nés dans ou hors carrières ne sont enregistrés à l’Etat civil ;
  • Les carrières minières, foyers de prostitution par le fait que beaucoup de femmes s’y rendent pour trouver une vie facile, le niveau de l’infidélité et/ou de concubinage a augmenté de 6% entre mars 2014 et avril 2016. Cette pratique est constatée même auprès de certaines femmes mariées ou vivant avec un partenaire ;
  • L’usage des préservatifs au cours des rapports sexuels avec un partenaire occasionnel n’est pas encore répandu même si il a augmenté de 10% au cours de deux dernières années. En effet, l’exposition au VIH/SIDA et aux IST est très élevée ;
  • Le non usage des préservatifs est plus dû au refus de la femme ainsi que du partenaire ;
  • L’exploitation sexuelle des femmes dans les carrières est plus conditionnée ce dernier temps par un don en nourriture : la proportion des femmes ayant fait cette déclaration a augmenté depuis mars 2014 à Avril 2016 ;
  • Ce phénomène serait favorisé par le choix de femmes à passer nuit dans la carrière. En effet, la proportion des femmes qui passent nuit dans les carrières a augmenté de 8% entre mars 2014 et avril 2016;
  • Les conditions dans lesquelles ces femmes travailleurs des carrières minières dorment ne sont pas considérables pour Plus de 4 femmes sur 10 ;
  • L’utilisation du savon a connu une progression positive même si elle est encore faible;
  • En ce qui concerne l’accès aux soins de santé en cas de maladie, la majorité des femmes qui y ont eu accès a augmenté de 7%, néanmoins, le manque d’argent a limité cet accès pour la plupart des enquêtées ;
  • Pour plus de femmes, l’alimentation de leurs maris ou par leurs sœurs ;
  • L’eau de boisson consommée est celle de la rivière selon la majorité des enquêtées quelles que soient les conséquences ;
  • Le tabagisme et l’alcoolisme ont connu un grand progrès chez les femmes travaillant dans les carrières. Ils ont accru respectivement de 10% et 9% entre mars 2014 et avril 2016. Il sied de noter que le niveau d’utilisation de la drogue par les femmes est estimée 48,4% ;
  • Interrogées tout de même sur le retrait de ces femmes de ce milieu où elles sont plus victimes d’exploitation, nombreuses d’entre elles ont émis le vœu de quitter à condition qu’elle soit appuyées en moyens financiers pouvant les permettre de se prendre en charge. en dehors de cet appui, d’aucuns ont souhaité voir leurs maris trouver du travail en dehors des carrières.

Au regard de l’attraction massive que les mines exercent sur les femmes et les enfants, des questions sociales engendrées et l’ampleur que prend cette problématique dans les différentes provinces, il serait noble et urgent que le gouvernement central crée un Programme National pour enfants et femmes enceintes dans les mines « PNEFEM »

Rapport Monitoring III FORSPAX-Vulnérabilité des ménages B   SOS femmes et enfants dans les mines Analyse participative Réseau ForS-Pax   Brochure Genèse Réseau FORSPAX, P.3 VFFCosi7-3-2012